Le fait de mettre en ligne le fichier PDF de son article publié sur ResearchGate ou sur son site personnel se solde souvent par une demande de la maison d’édition exigeant le retrait immédiat du document. La situation semble absurde, mais d’un point de vue juridique, tout est légal : en signant un contrat avec la revue (Copyright Transfer Agreement), l’auteur cède généralement à l’éditeur les droits exclusifs de diffusion du texte final.
Aujourd’hui, alors que les bailleurs de fonds exigent un accès libre obligatoire aux recherches (Open Science), les auteurs doivent se familiariser en détail avec la gestion des versions des manuscrits. Pour partager librement leurs résultats sans enfreindre la loi, il est important de comprendre le statut juridique de l’ouvrage à chaque étape de la publication.
Qu’est-ce qu’un prépublication (preprint) et en quoi diffère-t-il d’une postpublication (postprint) ?
Prépublication (preprint) : l’article avant évaluation par les pairs
Un prépublication est une version préliminaire du manuscrit avant son envoi à une revue et son passage par le processus d’évaluation par les pairs (peer review). L’auteur met en forme les résultats de ses travaux et les publie immédiatement sur des serveurs ouverts, tels que arXiv (pour la physique et les mathématiques), bioRxiv (pour la biologie) ou medRxiv (pour la médecine).
Cette démarche offre trois avantages principaux à l’auteur :
- Consolidation de la priorité scientifique : la publication d’un préprint attribue à la chercheuse ou au chercheur la paternité de l’idée à une date précise.
- Lancement rapide de la discussion : les collègues n’ont pas besoin d’attendre des mois que la revue publie l’article.
- Retour d’information : les commentaires des experts aident à corriger les erreurs avant l’envoi officiel du travail aux évaluateurs.
Un prépublication n’est pas validée par une expertise indépendante. Des conclusions erronées, mises en libre accès sans avoir été évaluées, peuvent induire les collègues en erreur ; il faut donc toujours aborder les prépublications avec une dose de scepticisme salutaire.
Post-print : l’article après évaluation
Le post-print (appelé « Author Accepted Manuscript », ou AAM, dans la pratique internationale) est le texte d’un article qui a déjà fait l’objet d’une évaluation, a reçu l’approbation des experts et a été accepté par la revue pour publication.
Le post-print intègre toutes les modifications apportées par les évaluateurs et corrige les inexactitudes. Sur le fond, il est entièrement identique à l’article final qui paraîtra dans la revue. La seule différence réside dans la mise en page. Le postprint ne comporte pas :
- la mise en page caractéristique et les logos de la maison d’édition ;
- les numéros de page exacts du prochain numéro de la revue ;
- la mise en page finale des tableaux et des graphiques.
Pour la communauté scientifique, le post-print revêt une immense valeur. Il s’agit d’un contenu de qualité ayant fait l’objet d’une évaluation par les pairs, que la plupart des grands éditeurs autorisent les auteurs à mettre en libre accès gratuitement et sans enfreindre les droits d’auteur.
Quels droits l’auteur conserve-t-il ?
La principale erreur des chercheurs est de croire que le statut d’auteur d’un texte leur donne le droit d’en disposer sans restriction. Une fois le contrat d’édition signé, les droits sont strictement répartis selon les catégories de versions.
En général, la politique éditoriale distingue trois scénarios dans le cycle de vie d’un article :
- Le pré-print (Preprint) est presque toujours autorisé à être publié sur n’importe quelle plateforme ouverte, sans restriction.
- Le post-print (Postprint) peut être publié dans les dépôts universitaires, mais souvent sous réserve d’un embargo – une période d’attente obligatoire qui dure de 12 à 24 mois à compter de la parution de l’article.
- La version éditoriale (Publisher’s Version / Version of Record) est le fichier PDF final disponible sur le site de la revue. Seul l’éditeur est habilité à le diffuser, sauf si l’article a été publié selon le modèle Gold Open Access, financé par l’auteur.
Pour ne pas enfreindre la loi, les chercheurs utilisent la base de données gratuite Sherpa Romeo. Ce service recense les règles de milliers de revues internationales et indique quelle version précise de l’article l’auteur est autorisé à publier gratuitement, où et dans quels délais.
La science ouverte change la perception des versions des articles
Le développement du concept d’accès libre a transformé les post-prints en un puissant outil permettant de contourner les barrières payantes des revues scientifiques. Cette approche a été baptisée « Green Open Access » (accès libre vert). Au lieu de verser des milliers de dollars à un éditeur pour la publication d’un article en libre accès, l’auteur le publie gratuitement dans une revue payante, mais dépose légalement le post-print dans le dépôt numérique de son université.
Les organismes de financement internationaux de la recherche soutiennent activement cette tendance. Par exemple, l’initiative européenne Plan S exige que tous les résultats des recherches financées par des subventions publiques soient immédiatement accessibles au public, sans aucun embargo. Cela oblige les éditeurs à assouplir leurs exigences concernant les post-prints.
Parallèlement, de nouveaux défis technologiques apparaissent. L’adoption massive de l’intelligence artificielle générative a conduit les éditeurs à exiger que l’utilisation de l’IA soit systématiquement signalée dès la phase de soumission du prépublication. La transparence du processus scientifique devient une exigence clé : l’évolution d’une idée, du prépublication brut au post-print finalisé, peut désormais être suivie par toute personne intéressée.
Ce qu’il est important de garder à l’esprit pour l’auteur
La gestion des versions de ses travaux est une compétence fondamentale pour survivre dans le monde scientifique actuel, permettant de réaliser des économies sur les budgets de publication. Pour éviter tout problème juridique, il convient de suivre un algorithme simple :
- vérifiez la politique d’auto-archivage (self-archiving) de la revue choisie via Sherpa Romeo avant d’envoyer votre article ;
- enregistrez toujours le fichier texte final de l’article (au format Word ou LaTeX) dès que la rédaction l’a accepté pour publication : il s’agit là de votre post-print ;
- ne mettez jamais en libre accès le fichier PDF final de l’éditeur si l’article n’est pas financé selon le modèle Open Access ;
- lorsque vous publiez un prépublication ou un post-print, ajoutez toujours un lien vers la future publication officielle et son identifiant numérique DOI.
En fin de compte, la valeur d’une recherche ne se mesure pas seulement à sa qualité, mais aussi à son accessibilité pour les collègues. Une bonne gestion des différentes versions permet de diffuser vos découvertes auprès d’un maximum de lecteurs, sans coûts financiers ni risques juridiques.
FAQ : Réponses aux questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un prépublication (preprint) ?
Il s’agit de la version initiale d’un article scientifique que l’auteur met en libre accès sur des serveurs spécialisés avant qu’il ne passe par la procédure d’évaluation par les pairs de la revue.
Qu’est-ce qu’un postprint ?
Il s’agit du texte d’un article ayant fait l’objet d’un examen par les pairs et accepté pour publication, mais qui n’a pas encore été mis en page, ni doté des logos et de la mise en forme propres à la maison d’édition.
Peut-on mettre un prépublication en libre accès ?
Oui, la grande majorité des revues scientifiques autorisent la publication libre des prépublications et ne considèrent pas cela comme une violation des règles de première publication.
À qui appartiennent les droits sur le postprint ?
En général, les droits sur le texte restent la propriété de l’auteur, mais les conditions de sa mise en ligne dépendent du contrat conclu avec l’éditeur concerné, qui peut fixer une période d’embargo.
En quoi le post-print diffère-t-il de la version publiée de l’article ?
Sur le fond, ils sont identiques. La différence réside uniquement dans la présentation : la version publiée comporte la mise en page définitive, les logos de la revue, la pagination correcte et les mentions légales.





















